Discours de Monsieur Ministre de l’Economie et de la Planification lors de l’ atelier de Lancement du processus ODD (Objectifs de Développement Durable)

17 juillet 2015

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Représentant de la Coordinatrice du Système des Nations Unies à Madagascar

Messieurs les Secrétaires Généraux,

Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux,

Mesdames et Messieurs les représentants de l’Organisation de la Société Civile,

Mesdames et Messieurs les représentants du Secteur privé,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Honorables participants,

Mesdames et Messieurs,

C’est un réel plaisir pour moi de prendre la parole à l’occasion de cet atelier de lancement du processus Objectifs du Développement Durable ou ODD. Cette étape marque le point de départ des travaux qui devraient nous mener vers l’établissement des propositions et apports de Madagascar dans la mise en œuvre du programme mondial de développement post-2015 sous l’auspice des Nations Unies.

A l’instar des autres communautés des nations partout ailleurs sur les cinq continents, Madagascar axera ses travaux tenant compte de la volonté unanime visant à instaurer un nouveau partenariat mondial où l’objectif commun repose sur l’éradication de la pauvreté et la transformation des économies par le biais du développement durable.

A l’approche de l’échéance des Objectifs du Millénaire pour le Développement, l’optimisme est de mise en sachant que les travaux lancés et mis en œuvre ont donné lieu à un engagement planétaire sans précédent. Les rapports établis à cet égard font état de ce que la pauvreté a reculé lors des quinze années qui ont suivi l’entrée dans le nouveau millénaire. En somme, d’importants progrès ont été acquis sur la base des nouvelles orientations suscitées par les OMD avec ce que cela a apporté de grands changements dans les méthodologies d’approche pour combattre la pauvreté.

L’attention particulière qu’avaient apportée les OMD sur la pauvreté, la faim, l’eau, l’assainissement, l’éducation et la santé s’est traduite par d’importants gains dans ces domaines qui conditionnent la vie même des hommes. Cependant, nous devons admettre que les efforts qui ont été menés constituent une étape parmi d’autres de la bataille du développement. Des facteurs importants du développement – dont l’instauration d’un mode de croissance inclusif favorisant l’emploi – n’ont pas été inclus, pas plus que les aspects économiques, sociaux et environnementaux du développement durable qui n’ont pas été intégrés et traités tels que les envisageaient les OMD lors de leur élaboration. Si l’Afrique n’a pas pu prendre activement part à la conception et à la définition des Objectifs du Millénaire pour le Développement, en revanche, sa participation active à l’élaboration des ODD sera l’occasion de réaffirmer les intérêts communs du continent.

Les expériences du développement lors de ces quatorze années de mise en œuvre des OMD ont aussi montré que la seule augmentation du revenu national n’entraîne pas toujours une amélioration des indicateurs de l’état de la prospérité de chaque pays. C’est dans ce contexte que les dirigeants mondiaux étaient convenus à Rio en 2012 de définir de nouveaux objectifs et de nouvelles cibles qui, sans abandonner les points forts des OMD, peuvent être d’excellents moyens d’éliminer l’extrême pauvreté qui touche encore des centaines de millions d’être humains sur cette planète, où nous sommes condamnés à vivre ensemble.

La crise qui a marqué l’économie de Madagascar l’a empêché d’honorer par rapport à ses grandes capacités ses engagements dans l’atteinte des objectifs des OMD. Sur la base de l’Enquête Nationale sur le Suivi des Indicateurs des OMD (ENSOMD) effectuée par l’Institut National de la Statistique qui a eu lieu en 2012 et 2013, il s’est avéré qu’aucun des huit (8) objectifs n’aurait pu être atteint par Madagascar à la date butoir de ces engagements qui tombera au mois de septembre 2015. Il n’en demeure pas moins, toujours selon les résultats de la dite Enquête nationale, que des progrès importants ont été atteints sur un certain nombre de cibles, surtout ceux concernant l’éducation et en particulier l’éducation des filles. Un réel effet des bonnes performances en vaccination, qui a impacté sur la réduction de la mortalité infantile, est aussi ressenti. Parallèlement à ces acquis, des résultats médiocres l’ont été au niveau de la lutte contre la pauvreté extrême. Si l’objectif 2015 pour l’incidence de l’extrême pauvreté se situe à 14%, les résultats de la dernière enquête font état de 52,7%. La situation de la santé maternelle laisse aussi à désirer. Le taux de mortalité maternelle est resté à 478 sur 100 000 naissances vivantes pour un objectif 2015 de 127 sur les 100 000 naissances de référence. Le pays aurait pu faire mieux, mais les efforts se sont estompés à cause de la survenance de la crise certes ; mais on ne peut pas ignorer aussi l’existence de facteurs substantiels, dont entre autres l’insuffisance des fonds d’aide de la part des pays donateurs qui, pour la plupart d’entre eux, ont failli à leur engagement de contribuer aux OMD à hauteur de 0,7% de leur PIB.

Sur un tout autre plan, et ce par rapport à d’autres pays du continent africain du même ressort, Madagascar n’a pas pu bénéficier de l’appui nécessaire pour trouver les moyens d’accélérer la mise en œuvre des OMD. En effet, des travaux étaient initiés à ce sujet par le Groupe des Nations pour le Développement (ou GNUD) par le biais du PNUD en vue du renforcement des capacités sur l’accélération des progrès vers l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et il s’est trouvé que les pays bénéficiaires en ont tiré d’énormes avantages suivant les informations reçues à ce titre.

Après le retour à l’ordre constitutionnel, les autorités et hauts responsables du pays ont pris la décision sans plus tarder de doter le pays d’un outil qui lui permettra d’asseoir les fondations du nouveau développement que la population et les partenaires attendent d’être opérationnel. C’est ainsi qu’a été élaboré en un temps quasiment record le Plan National de Développement qui sera appelé à régir pendant les cinq prochaines années les affaires attenantes à toutes les actions à mettre en œuvre dans le pays. Je suis heureux de vous partager à quel point les principes qui ont été retenus pour l’élaboration du PND s’alignent pleinement à l’esprit des Objectifs de Développement Durable. En effet, sans idée d’autosatisfaction aucune de ma part, je vous invite à constater avec moi l’idée que les cinq axes qui constituent l’ossature du PND se positionnent sur le programme de développement pour l’après-2015. Je citerais entre autres les priorités définies par le PND qui sont développées implicitement dans les objectifs et cibles des ODD, à savoir : transformation économique structurelle et croissance inclusive ; développement axé sur l’être humain ; durabilité environnementale, protection et exploitation rationnelle des ressources naturelles ; renforcement de la résilience aux chocs extérieurs, …

En réponse à la requête de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, organisée à Rio de Janeiro, Brésil en 2012 un Groupe de Travail Ouvert (GTO) a été dès lors mis en place pour présenter les recommandations sur le programme de développement pour l’après-2015. Il s’agissait pour le Groupe de Travail Ouvert (GTO) créé en janvier 2013 d’élaborer un projet sur les objectifs de développement durable en vue de l’examen de celui-ci par l’Assemblée générale des Nations Unies lors de sa 68ème session en septembre de la même année.

Parallèlement à ce processus, l’Afrique a démarré ses réflexions depuis 2012 pour aboutir à une position commune du continent de garder les OMD tout en intégrant également les nouveaux défis auxquels fait face l’Afrique. La Conférence tenue à Alger du 03 au 08 mai 2015, et qui fait partie de ce processus, a ainsi adopté une Feuille de route visant à élaborer un cadre des indicateurs relatifs à l’Agenda de développement post-2015.

Les pays africains présents à cette Conférence ont par ailleurs décidé à l’unanimité le maintien des 17 cibles et 169 objectifs des ODD. Conformément à cette position commune de l’Afrique, chaque pays africain est invité à travailler dans ce sens à travers une large participation des différents acteurs de développement, dont le secteur public, le secteur privé, la société civile, les universités, les associations de jeunes et de femmes, les partenaires techniques et financiers.. .

C’est dans ce contexte que le Gouvernement, par le biais du Département que je dirige, a institué le cadre institutionnel du Processus des Objectifs de Développement Durable. Il comprend d’un côté un Comité d’Orientation et de Suivi composé des hauts responsables des institutions nationales et internationales qui entre autres missions, veillera à la réalisation finale des documents ODD, et de l’autre un Comité technique doté des compétences requises pour parfaire le processus, dont la consolidation du Rapport de la consultation nationale qui se tiendra à l’issue de la présente réunion.

J’ose ainsi espérer que toute la démarche qui devra aboutir à l’élaboration d’un Rapport national sur le processus ODD suscitera le débat sur les priorités qui devront être établies au niveau de notre pays. La présente séance étant le début du processus, le gouvernement, par le biais du Ministère de l’Economie et de la Planification, nous invite par conséquent à des réflexions communes et intenses afin de fournir des données pour une participation fructueuse des représentants de Madagascar aux débats, dialogues, négociations futures sur la mise en œuvre des ODD d’une part, d’identifier les indicateurs et le cadre des indicateurs pour la contribution de la grande île au Rapport de l’Afrique sur les indicateurs et le cadre des indicateurs pour le suivi des objectifs et des cibles de l’Agenda de développement post-2015 d’autre part. L’objectif est d’apporter les propositions de Madagascar à la stratégie des pays africains visant à ce que les priorités africaines fassent partie intégrante du résultat final de l’Agenda post-2015.

Madagascar disposera par ailleurs, à travers ce processus, d’une liste hiérarchisée des objectifs et cibles et des recommandations y relatives, notamment les recommandations clés concernant la manière d’intégrer les objectifs prioritaires (éducation, santé,…) dans le cadre global de développement post-2015.

Sur le plan africain et dans l’optique de la Feuille de route sur le développement et la mise en œuvre du cadre d’indicateurs et le cadre de suivi de l’Agenda post-2015, les résultats des travaux qui nous réuniront encore par la suite devront servir de base de travail pour les représentants des pays africains au sein du groupe de travail de préparation de la contribution de l’Afrique au rapport sur les indicateurs des objectifs de développement durable et l’Agenda global post-2015.

L’occasion est unique pour l’Afrique, dont Madagascar, de définir les priorités, les opportunités et les défis communs à l’ensemble du continent. Il y va de la défense et de la recherche et de l’instauration d’une transformation économique structurelle en vue d’un développement inclusif et axé sur l’être humain.

Je vous remercie de votre aimable attention !

Sur ce, je déclare ouvert cet atelier de lancement du processus ODD pour Madagascar.